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« Histoire de cheveux » extrait de la conférence donnée par Marie Claude Ferradou

Zoom sur la conférence donnée par M.C Ferradou lors de l’inauguration de l’institut.

Ci après un extrait spécialement dédié à la couleur blonde.

Parmi les tendances lourdes qui traversent les siècles dans le monde occidental, la valorisation ou le discrédit de certaines couleurs sont sans doute les constantes les plus marquantes.

 

Une couleur valorisante : le blond.

 

En Occident, depuis l’Antiquité, la beauté féminine s’est déclinée en blond, à l’exception d’une période, du XVIIème au début du XXème siècle, et des trente dernières années où les blondes ont été discréditées par leur supposée naïveté,  leur bêtise et leur facilité à être séduites (blagues). Mais la fascination du blond demeure, donc la propension à la décoloration ( il existe une minorité de blondes naturelles et les exemples que nous allons évoquer se situent surtout dans les pays du sud  (méditerranéens) et elle est attestée depuis les temps les plus anciens.

En Mésopotamie, on sait que les femmes s’aspergeaient la chevelure avec « une poudre jaune ». Les Athéniennes (on le sait par les comédies d’Aristophane qui ne les ménage pas) et les Romaines avaient des procédés pour se décolorer : Ovide nous parle d’un mélange de cendres de hêtre et de graisse de chèvre, dont il ne semble pas apprécier particulièrement l’odeur : il est vrai que son livre s’intitule L’Art  d’aimer !Les déesses du Panthéon antique sont toutes blondes, avec comme plus bel exemple Aphrodite (la Vénus romaine) déesse de la beauté.

Ce goût survit à l’arrivée puis à l’expansion d’une nouvelle religion, le christianisme en dépit des protestations des Pères de l’Eglise (Saint Augustin, Clément d’Alexandrie). Ils condamnent  l’artificiel, mais surtout, chez les femmes riches, le fait d’utiliser des cheveux qui proviennent d’une autre personne Ces cheveux –blonds- venus le plus souvent de Germanie faisaient l’objet  d’un important commerce d’importation dans les grandes villes de l’Empire.

Au Moyen Age les héroïnes (Yseult) des premiers textes littéraires (Chansons de Geste, fabliaux) sont blondes (crine sor ou ghaume, blond doré ou brillant). Mais les plus blondes de toutes sont les saintes chrétiennes, et surtout la plus vénérée d’entre elles, la Vierge, représentée dans la peinture classique italienne, surtout quand elle est dévoilée (selon les endroits, dès le XIIIème , plutôt XIVème). Dire un mot du tableau de l’Annonciation dans l’Eglise du Saint-Esprit rue Espariat à Aix en Provence.

À la Renaissance, retour aux idéaux de l’Antiquité, grâce et beauté féminine s’expriment en blond, ou plutôt se peignent en blond, car  nous avons la chance d’avoir de magnifiques témoignages, ceux des peintres de l’époque. Exemple bien connu, celui de Botticelli dans La naissance de Vénus et le Printemps. La pratique de s’embellir semble avoir été générale pendant la Renaissance, mais réservée aux femmes de la bonne société, aristocrates et bourgeoises (Fresque de Véronèse, villa Barbaro de Trévise avec une jeune fille au teint et aux cheveux  clairs accompagnée de sa domestique brune et à la peau mate). Nous connaissons bien la pratique des Vénitiennes : « le samedi après-midi, au moment où le soleil est le plus fort, les femmes enduisent leurs cheveux d’un certain  élixir de jeunesse après s’être protégé le visage (qui doit rester pâle) par une sorte de large visière « (Cesare Vecellio). Quel est cet « élixir ? Mélange de safran et de citron pour certains, de safran et d’urine pour les autres…La pratique est encore attestée au XVIIl ème siècle comme le montrent des récits de voyageurs anglais et, si les élégantes essaient toutes les nuances de blond, rien n’est plus prisé que le blond vénitien, un mélange de blond et de roux magnifié par tous les peintres de l’époque. Nous reviendrons sur les raisons d’un tel succès un peu plus loin.

 

La valorisation du blond n’est pas le propre aux pays méridionaux (où il prend plus d’éclat par contraste, les femmes y étant plutôt brunes). Élisabeth d’Angleterre-blonde dans sa jeunesse-portait dans sa vieillesse des perruques blond doré. Remarquons aussi qu’en anglais, l’adjectif « fair »désigne à la foi le beau, le bon et le blond !

 

Une remise en cause, puis un retour du blond.

 

Cet engouement semble s’estomper pendant deux bons siècles, des années 1600 aux dernières décennies du XIX ème. Les Vierges des tableaux sont brunes ou châtain (quelquefois dès le XVème en Italie) A la cour des rois de France, les perruques blondes ( qui  dissimulent des cheveux sales, rares, teigneux…) sont remplacés par des postiches bruns que l’on saupoudre de poudre grise, puis blanche, quand on vieillit. Il existe même des recettes pour masquer durablement les cheveux blonds naturels ! À la période romantique, la chevelure naturelle avec ses teintes diverses, reprend le dessus, avec de belles brunes  et leurs bandeaux : Georges Sand (qui fera certes retoucher les premières photos de Nadar), Marguerite Gautier la Dame aux Camélias (ou Traviata chez Verdi), l’héroïne féminine du Guépard (dans le roman et au cinéma)

 

Fin XIXème et XXème, retour en grâce du blond qui tient d’abord à un facteur scientifique : c’est vers 1850-1860 que sont mises sur le marché de la coiffure des solutions d’eau oxygénée qui facilitent la décoloration.

Mais il y a surtout l’exaltation d’une beauté dite « aryenne » avec ses héroïnes blondes aux yeux bleus, celles des premières vedettes du VII ème art hollywoodien. La blondeur, naturelle ou non, symbolise l’innocence, la mièvrerie, la douceur soumise… du muet au parlant. Évoquons Fay Way la vedette de King Kong, mais aussi Jean Harlow, Marilyn Monroe, Marlène Dietrich, Rita Hayworth, Jayne Mansfield qui ont toutes la même fonction, celle de plaire aux hommes par leur « sex-appeal ». D’ailleurs « Les hommes préfèrent les blondes » comme le rappelle le titre du célèbre film.

Et puis, avec les films d’Alfred Hitchcock, les blondes s’auréolent de mystère (Grace Kelly, Eva –Marie Saint, Tippi Hedren), leur beauté fatale pouvant encore être rehaussée par le blond platine, procédé inventé en 1931.

On peut d’ailleurs supposer que la récente réputation de sottise et de vulgarité des blondes, avec les multiples blagues qui vont avec, est sans doute partiellement due à l’image intellectuelle pas toujours flatteuse de certaines starlettes, comme celle de ces « pin-up » que les GI américains épinglaient aux murs de leurs campements pendant et après la guerre… et de celles qui les imiteront dans les milieux « populaires ».

En conclusion, la blondeur a incarné, et continue encore de le faire, des valeurs positives : le charme, la jeunesse, la droiture, la réussite, et même le pouvoir, associées à des personnages aussi variés qu’Eva Peron, la femme du président argentin morte à trente ans, la princesse Diana ou Hillary Clinton. Et quel plus bel exemple, populaire s’il en est, comme modèle pour les petites filles, de la poupée Barbie !

 

À quoi tient donc cette fascination pour le blond féminin qui traverse la plupart des périodes de l’histoire occidentale ?

On peut invoquer l’or, donc l’éclatant, le rare, donc précieux, la pureté, des lieux communs qui comportent sans doute une part de vérité. Des ethnologues (US) ont élaboré une base de données, sur 40 ans et 900 critères (physiques, intellectuels, sociaux, comportementaux, sexuels) qui montrerait une prédilection masculine pour le clair, et la clarté serait un signe distinctif de la féminité (comme la poitrine, la hauteur de la voix, la moindre pilosité, la chevelure plus fournie…) et le désir masculin semblerait plus stimulé par tout ce qui marque le dimorphisme sexuel…

 

Un grand merci à Marie Claude Ferradou pour ce moment

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